31.10.03
27.10.03
"A l'égal de la foule, de la drogue et du sentiment amoureux, l'alcool possède le privilège d'ensorceler l'esprit le plus lucide. Grâce à lui, le mur bétonné de l'isolement semble un mur de papier que les acteurs déchirent selon leur fantaisie, car l'alcool dispose tout sur un plan théâtral intime. Illusion généreuse et qui tue d'autant plus sûrement.
Dans un bar ennuyeux, où les gens se morfondent, un jeune homme ivre brise son verre, saisit une bouteille et la fracasse contre un mur. Personne ne s'émeut ; déçu dans son attente, le jeune homme se laisse jeter dehors. Pourtant, son geste était virtuellement dans toutes les têtes. Lui seul l'a concrétisé, lui seul a franchi la première ceinture radioactive de l'isolement : l'isolement intérieur, cette séparation introvertie du monde extérieur et du moi. Personne n'a répondu à un signe qu'il avait cru explicite. Il est resté seul comme reste le blouson noir qui brûle une église ou tue un policier, en accord avec lui-même mais voué à l'exil tant que les autres vivent exilés de leur propre existence.Il n'a pas échappé au champ magnétique de l'isolement, le voici bloqué dans l'apesanteur. Toutefois, du fond de l'indifférence qui l'accueille, il perçoit mieux les nuances de son cri ; même si cette révélation le torture, il sait qu'il faudra recommencer sur un autre ton, avec plus de force ; avec plus de cohérence.
Il n'existera qu'une commune damnation tant que chaque être isolé refusera de comprendre qu'un geste de liberté, si faible et si maladroit soit-il, est toujours porteur d'une communication authentique, d'un message personnel adéquat. La répression qui frappe le rebelle libertaire s'abat sur tous les hommes. Le sang de tous les hommes s'écoule avec le sang des Durruti assassinés. Partout où la liberté recule d'un pouce, elle accroît au centuple le poids de l'ordre des choses. Exclus de la participation authentique, les gestes de l'homme se dévoient dans la frêle illusion d'être ensemble ou dans son contraire, le refus brutal et absolu du social. Ils oscillent de l'un à l'autre dans un mouvement de balancier qui fait courir les heures sur le cadran de la mort."
by raoul V.
Dans un bar ennuyeux, où les gens se morfondent, un jeune homme ivre brise son verre, saisit une bouteille et la fracasse contre un mur. Personne ne s'émeut ; déçu dans son attente, le jeune homme se laisse jeter dehors. Pourtant, son geste était virtuellement dans toutes les têtes. Lui seul l'a concrétisé, lui seul a franchi la première ceinture radioactive de l'isolement : l'isolement intérieur, cette séparation introvertie du monde extérieur et du moi. Personne n'a répondu à un signe qu'il avait cru explicite. Il est resté seul comme reste le blouson noir qui brûle une église ou tue un policier, en accord avec lui-même mais voué à l'exil tant que les autres vivent exilés de leur propre existence.Il n'a pas échappé au champ magnétique de l'isolement, le voici bloqué dans l'apesanteur. Toutefois, du fond de l'indifférence qui l'accueille, il perçoit mieux les nuances de son cri ; même si cette révélation le torture, il sait qu'il faudra recommencer sur un autre ton, avec plus de force ; avec plus de cohérence.
Il n'existera qu'une commune damnation tant que chaque être isolé refusera de comprendre qu'un geste de liberté, si faible et si maladroit soit-il, est toujours porteur d'une communication authentique, d'un message personnel adéquat. La répression qui frappe le rebelle libertaire s'abat sur tous les hommes. Le sang de tous les hommes s'écoule avec le sang des Durruti assassinés. Partout où la liberté recule d'un pouce, elle accroît au centuple le poids de l'ordre des choses. Exclus de la participation authentique, les gestes de l'homme se dévoient dans la frêle illusion d'être ensemble ou dans son contraire, le refus brutal et absolu du social. Ils oscillent de l'un à l'autre dans un mouvement de balancier qui fait courir les heures sur le cadran de la mort."
by raoul V.
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